La passerelle me tendait les bras. 30 mètres me séparaient du Népal. Une distance infranchissable à Darchula pour un blanc-bec comme moi. Pas de poste d’immigration, pas de tampon, pas de passage. 24 heures de route pour rejoindre Banbasa, embrasser ma chérie qui rentre en France, retrouver Nico de l’autre côté d’un autre pont dans l’atmosphère paisible de la plaine du Gange, puis rejouer le « salaire de la peur » à grand coups de Klaxons jusqu’à la fameuse passerelle, mais du côté de Katmandou. 


–devant la passerelle séparant l’Inde du Népal–

Dans l’intervalle, j’ai chopé une tourista carabinée, je traine une petite crève et puis il y a cette douleur vers le rein qui m’avait déjà réveillée brutalement lors d’une des dernières nuit en Inde. Mon corps me parle: difficile de quitter marianne. Mais pour me relancer, Nico est le compagnon idéal: positif, d’humeur égale, bienveillant, physiquement très costaud. Nous remontons la vallée de Darchula, puis enchaînons les kilomètres le long des pentes cultivées. Le « far west » népalais est très différent du « Far East » indien: plus aride et plus habité. Finies les belles forêts luxuriantes entrecoupées de pâturages, bienvenue dans les rizières, les terrasses aménagées jusqu’aux crêtes, les villages qui traînent en longueur, les petites échoppes au bord du sentier, ici un forgeron, là un couturier. 


–un improbable couturier à un col à 2200 m–


–dans les villages du Far West nous sommes souvent l’attraction–

Bienvenue au pays du peuple marcheur. Comme il est agréable de s’y promener, si tant est que nous puissions qualifier ainsi les étapes qui se succèdent: autour de 40 kilomètres journaliers avec des dénivelés positifs parfois supérieur à 2500 mètres. Nico n’est pas venu pour regarder pousser le riz. Nous courrons dès que la pente s’y prête. Il fait chaud. À ce rythme, il arrive que l’on oublie de bien s’hydrater. En fin de journée le 5 novembre, mon urine est rouge. Le lendemain matin, impossible de prendre la route. La douleur au rein gauche est trop vive. Depuis Jhota, où nous avons dormi, nous prenons un taxi pour Chainpur où se trouve un hôpital. Le chauffeur est fou. Entre deux prises de tabac, il crache un jus marron par la fenêtre, monte le son de la techno népalaise qui ruine mes tympans, puis démolit mes reins en défonçant la piste déjà passablement défoncée. Au bout d’une heure, je crie « Stop! », j’ouvre la portière, descend en titubant dans la poussière, pris d’une crise de colique néphrétique. Plié en deux, je vomis de la bile sous l’œil éberlué du policier du coin qui crie au chauffeur « Hospital, hospital!! ». Nous repartons. Quelques heures et un coup de fil à un ami urologue plus tard, nous sommes de retour à Jhota, mon sac à dos rempli d’ampoules d’anti-inflammatoires en cas de nouvelle crise. Un petit calcul est coincé dans un tuyau. Qui sait lorsqu’il voudra bien sortir? Pour les effets secondaires, on m’a donné un médicament qui inhibe les pompes à proton. Je ne savais pas que j’étais si bien équipé…


–drapeau communiste à un col dans les far west, ancien bastion des maoïstes–

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